Légende arthurienne

Prénoms de la légende arthurienne

Il était une fois une épée plantée dans un rocher, une table sans bout ni préséance, et une quête qui dura toute une vie. La légende arthurienne est sans doute la plus romanesque de toutes, et ses prénoms en ont gardé le parfum de chevalerie et de sortilège.

Ici, chaque prénom est un personnage de roman. Arthur, le roi qu'on n'attendait pas. Merlin, l'enchanteur qui lit l'avenir. Guenièvre, la reine au cœur partagé. Lancelot, le plus loyal et le plus déchiré des chevaliers. Donner un prénom arthurien, c'est tendre à ton enfant un nom qui sonne comme une promesse d'aventure.

Les uns sont des classiques tout en panache : Arthur, Tristan, Morgaine. Les autres sont des trésors pour amoureux des vieilles légendes : Yvain le chevalier au lion, Nimuë la dame du lac, Bohort le pur. Des preux de la quête aux fées de Brocéliande, filles et garçons ont leur place à la table.

Notre sélection des plus beaux t'attend en dessous, suivie de la liste complète. Repère ceux qui t'emportent, montre-les à l'autre parent, et voyez quel nom de légende vous réunit.

Prénoms de fille

Guenievre

Guenièvre, c'est l'épouse du roi Arthur, la reine au cœur de la légende arthurienne. Son nom est la forme française de Guinevere, venue du gallois ancien Gwenhwyfar « fantôme blanc », où l'on devine windos « blanc » et sēbros « fantôme, être magique ». Chez le chroniqueur Geoffroy de Monmouth, au XIIe siècle, elle est séduite par Mordred avant la bataille fatale de Camlann ; chez le poète Chrétien de Troyes, elle vit une liaison adultère avec le chevalier Lancelot, figure des romans courtois.

Morgaine

Morgaine, c'est l'enchanteresse du roi Arthur, la magicienne souveraine de l'île d'Avalon. Son nom apparaît pour la première fois sous la forme Morgen dans l'Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, au XIIe siècle ; auparavant, le personnage restait sans nom. On lui prête une origine galloise, du mor « mer » et du suffixe gen « né(e) de », soit « née de la mer », mais cette lecture demeure une hypothèse. Dans la légende, elle est tantôt guérisseuse d'Arthur, tantôt figure ambiguë.

Iseult

Iseult, c'est la princesse irlandaise des légendes arthuriennes, promise au roi Marc de Cornouailles. Ayant bu par mégarde un philtre d'amour, elle devient la maîtresse de Tristan, le neveu du roi, et leur passion les entraîne tous deux vers une fin tragique. Mise en récit en vieux français au XIIe siècle, leur histoire connut un immense succès au Moyen Âge, puis Richard Wagner la porta à l'opéra sous le titre Tristan und Isolde en 1865. Les origines du prénom restent incertaines : on lui prête peut-être une racine germanique, Ishild, qui mêlerait « glace » et « combat ».

Elaine

Elaine, dans la légende arthurienne, c'est la mère de Galaad, le chevalier sans péché de la quête du Graal. Telle que la compile Thomas Malory au XVe siècle dans Le Morte d'Arthur, elle est la fille du roi Pelles et l'amante de Lancelot, figure de beauté et d'amour impossible. C'est la forme vieux-française d'Helen, issu du grec Helene, dont le sens reste incertain : probablement « torche » ou feu de Saint-Elme, peut-être lié à selene « lune ». Tennyson le rend populaire en 1859 avec ses Idylles du Roi.

Nimuë

Nimuë, c'est la grande enchanteresse des légendes arthuriennes, celle qu'on appelle aussi la Dame du Lac, Vivien ou Niniane. Elle entre en scène dans le cycle médiéval français du Lancelot-Graal, où Merlin tombe éperdument amoureux d'elle. Selon les versions, elle retourne sa propre magie contre lui pour l'emprisonner à jamais, ce qui en fait l'une des figures féminines les plus puissantes et les plus ambivalentes de la matière de Bretagne. Son sens, lui, reste un mystère qu'aucune source ne tranche.

Enide

Enide, c'est l'héroïne d'Érec et Énide, le poème arthurien que Chrétien de Troyes compose au XIIe siècle. Épouse du chevalier Érec, elle y incarne la beauté et la loyauté, traversant les épreuves que lui impose son mari avant que leur amour soit pleinement reconnu. Cette forme française ancienne d'Enid vient probablement du gallois enaid « âme, esprit, vie ». Dans les adaptations ultérieures, elle reparaît le plus souvent sous le nom d'Enid, devenue l'épouse de Geraint, fidèle à sa source médiévale française.

Laudine

Laudine, c'est la grande héroïne du roman arthurien Yvain ou le Chevalier au Lion, surnommée la Dame de la Fontaine. Elle règne sur un domaine magique dont la source enchantée doit être défendue par un gardien, et lorsqu'Yvain tue son époux en combat, elle accepte d'épouser son vainqueur : souveraine et pragmatique, bien loin de la damoiselle en détresse. Le prénom apparaît au XIIe siècle sous la plume de Chrétien de Troyes ; on le rattache parfois au nom arthurien Lot ou à la région écossaise du Lothian, au sens demeuré obscur.

Igraine

Igraine, c'est la mère du roi Arthur, la figure matricielle autour de laquelle s'articule toute la légende arthurienne. Elle conçoit Arthur avec Uther Pendragon, lors d'une union que rend possible l'enchanteur Merlin, donnant à Uther l'apparence de Gorlois, son mari. De ce Gorlois, duc de Cornouailles, elle avait déjà eu Morgan le Fay. Le prénom vient d'Igerna, forme latinisée du gallois Eigyr, façonnée au XIIe siècle par le chroniqueur Geoffroy de Monmouth ; le sens du mot gallois, lui, demeure inexpliqué.

Lynette

Lynette, c'est l'héroïne courageuse de la légende arthurienne, fixée sous cette orthographe par Alfred Tennyson dans son poème Gareth and Lynette (1872), où elle épouse le chevalier Gareth. Le personnage vient de loin : sous la forme Lynet, Thomas Malory en fait la dame qui recrute Sir Gareth pour délivrer sa sœur Lyonesse, et Chrétien de Troyes la nommait déjà Lunete, servante ingénieuse qui sauve le chevalier Yvain. Le nom remonte au gallois Eluned, tiré de eilun « image, ressemblance, idole ».

Olwen

Olwen, c'est l'« empreinte blanche » : le prénom vient du gallois ol « empreinte, trace » et gwen « blanc, béni ». Cette belle jeune femme appartient à la légende galloise de Culhwch et Olwen, l'un des plus anciens récits rattachés au cycle arthurien. Fille du redoutable géant Yspaddaden, elle est aimée du héros Culhwch. Son père, refusant de la laisser partir, impose au jeune homme une série de tâches apparemment impossibles avant de lui accorder sa main.

Prénoms de garçon

Arthur

Arthur, c'est le roi légendaire des Bretons, héros central des récits qui le montrent résistant aux envahisseurs saxons au VIᵉ siècle. Son nom traverse d'anciens poèmes et chroniques gallois, mais c'est Geoffroy de Monmouth, au XIIᵉ siècle, qui façonne vraiment le personnage et ouvre la voie aux grands romans français et anglais. Son origine reste un mystère : on évoque le celtique artos « ours » ou un gentilice romain, Artorius, sans certitude. Sa légende a porté le prénom en Angleterre médiévale, puis ranimé son éclat au XIXᵉ siècle.

Lancelot

Lancelot, c'est le plus vaillant des Chevaliers de la Table Ronde, héros de la légende arthurienne. Devenu l'amant de Guenièvre, l'épouse du roi Arthur, il noue une liaison secrète qui finit par précipiter la chute du royaume. On le rencontre pour la première fois sous la plume du poète français Chrétien de Troyes au XIIe siècle, d'abord brièvement dans Érec et Énide, puis en personnage central de Lancelot ou le Chevalier de la charrette. Côté origine, on y voit peut-être un ancien diminutif de Lanzo, lui-même lié à un mot germanique signifiant « terre ».

Merlin

Merlin, c'est le magicien et conseiller du roi Arthur. C'est Geoffroy de Monmouth qui, au XIIe siècle, latinise en Merlinus le nom gallois Myrddin, qu'on rattache sans doute à la cité romano-brittonique de Moridunum, du celtique mori « mer » et dūnom « rempart, forteresse ». On raconte qu'il préféra Merlinus à Merdinus pour éviter un voisinage gênant avec le français « merde ». Le personnage mêle Myrddin Wyllt, prophète gallois rendu fou après la bataille d'Arfderydd, et Ambrosius Aurelianus, chef romano-britannique du Ve siècle. Figure tutélaire, Merlin guide Arthur de sa naissance aux destinées du royaume de Bretagne.

Tristan

Tristan, c'est l'amant tragique des grandes légendes médiévales, enchaîné à Iseult par un philtre bu par mégarde. Neveu du roi Marc de Cornouailles, il l'escortait depuis l'Irlande où elle était promise à son oncle ; leur passion interdite, condamnée par la loyauté, se termine dans la mort, et les versions tardives le rangent même parmi les chevaliers du roi Arthur. Le nom vient probablement du picte Drust, lié à une racine celtique « bruit, tumulte ». La forme française, née au XIIe siècle, fut rapprochée du mot triste.

Perceval

Perceval, c'est le chevalier qui entrevit le saint Graal : le héros que Chrétien de Troyes inventa pour son poème Perceval ou le Conte du Graal, à la fin du XIIe siècle. Le récit suit un jeune homme du pays de Galles rêvant de servir à la cour du roi Arthur, jusqu'au château du mystérieux Roi Pêcheur. L'origine du nom se discute : peut-être forgé sur l'ancien français perce val « perce la vallée », peut-être inspiré du gallois Peredur, nom d'un chef de Cumbrie chanté par les poètes médiévaux.

Gauvain

Gauvain, c'est l'un des plus illustres chevaliers de la Table Ronde, neveu du roi Arthur et son fidèle compagnon. Chrétien de Troyes lui donne cette forme française, mais le nom apparaît dès le XIIe siècle sous des habits latins comme Gualguainus dans les chroniques de Geoffroy de Monmouth. Les sources hésitent sur son sens : on lui prête un lien avec le héros gallois Gwalchmai, où l'on devine peut-être gwalch « faucon », sans certitude. Il triomphe surtout dans le poème Sir Gauvain et le Chevalier Vert, épreuve de bravoure et d'honneur.

Galaad

Galaad, c'est le plus pur des Chevaliers de la Table Ronde, le seul à mener à bien la quête du Saint-Graal. Fils de Lancelot et d'Élaine, il apparaît dès le XIIIe siècle dans le Cycle Lancelot-Graal, vaste ensemble de romans en prose d'origine française. Le prénom est la forme française de Galahad, que l'on rattache probablement au lieu biblique Gilead, en hébreu « amas de témoignage », région montagneuse à l'est du Jourdain. Une figure de perfection chevaleresque devenue prénom.

Yvain

Yvain, c'est le Chevalier au Lion, héros d'un roman arthurien composé vers 1177 par Chrétien de Troyes. Fils du roi Urien, il épouse Laudine, la Dame de la Fontaine, puis la perd en prolongeant trop ses aventures et part en quête expiatoire avec un lion qu'il a sauvé. Le personnage s'inspire d'Owain mab Urien, prince gallois du VIe siècle. Le prénom vient justement du gallois ancien Owain, d'origine incertaine, qu'on relie parfois au latin Eugenius, « bien né ».

Lionel

Lionel, c'est un petit lion : diminutif français de Léon, lui-même issu du grec leōn « lion ». La forme Léon a voyagé par le latin Leo « lion », auquel elle reste apparentée dans les langues européennes. La légende arthurienne lui donne un visage de chevalier : dans le cycle du Lancelot-Graal, au XIIIe siècle, Lionel est le frère de Sir Bors. Plus près de nous, le footballeur argentin Lionel Messi, né en 1987, a offert au prénom une résonance planétaire.

Bohort

Bohort, c'est l'un des très rares chevaliers de la Table ronde à avoir mené à bien la quête du Saint-Graal. Forme française du nom Bors, qu'emploient les versions anglaises, il apparaît dès le XIIIe siècle dans le grand cycle du Lancelot-Graal. Son nom remonte probablement à l'ancien français bohort « joute, lance de joute », image de tournoi taillée pour un chevalier. Fils d'un roi de Gaunnes nommé lui aussi Bors, il s'inscrit dans une véritable lignée au cœur de la légende arthurienne.