Prénoms du Moyen Âge français
Avant d'être Jean, il s'appelait Jehan. Avant Isabelle, Isabeau. Les prénoms du Moyen Âge français, ce sont souvent nos prénoms d'aujourd'hui dans leur version d'origine, plus rugueuse, plus singulière, et étonnamment moderne à l'oreille.
On les croise dans les chansons de geste, les registres de bailli et au pied des cathédrales. Ils ont la patine de la pierre et du parchemin, mais rien de poussiéreux : Mahaut a du tempérament, Aalis (l'ancêtre d'Alice) a de la grâce, Eudes a de l'allure. Choisir un prénom médiéval, c'est offrir un nom enraciné, qui raconte une histoire sans renoncer à la douceur.
Certains évoquent les bâtisseurs et les conteurs : Jehan, Geoffroi, Jehanne. D'autres, plus rares, raviront les amoureux de l'époque : Enguerran, Cateline, Melisende. Des seigneurs aux dames de cour, filles et garçons y trouvent leur compte, avec, il faut l'avouer, un peu plus de prénoms masculins dans cet héritage.
Notre top est juste en dessous, la liste complète suit. Note ceux qui t'attirent, partage-les avec l'autre parent, et laissez MatchaName trancher entre vos coups de cœur.
Prénoms de fille
Isabeau, c'est la version médiévale française d'Isabel, le tendre diminutif d'Elizabeth qui résonnait dans les cours du Moyen Âge. Le nom remonte à l'hébreu ʾElishevaʿ « mon Dieu est un serment », passé par le grec puis adopté en occitan sous la forme Isabel avant de fleurir en Isabeau. La grande figure du prénom reste Isabeau de Bavière (1385-1422), reine de France et épouse de Charles VI dit « le Fol », personnalité aussi puissante que controversée de la guerre de Cent Ans.
Jehanne, c'est l'orthographe médiévale du prénom porté par Jehanne d'Arc, l'héroïne la plus célèbre de la France du Moyen Âge. Cette forme féminine en vieux français remonte au latin Iohannes, lui-même issu de l'hébreu Yoḥanan « Yahweh est miséricordieux ». La paysanne lorraine, convaincue d'une mission divine, mena les armées françaises lever le siège d'Orléans en 1429 et accompagna le sacre de Charles VII à Reims. Capturée et brûlée à Rouen en 1431, elle fut réhabilitée dès 1456 puis canonisée en 1920.
Mahaut, c'est la « force au combat » : la forme médiévale française de Mathilde, héritée du germanique Mahthilt, qui réunit maht « puissance, force » et hilt « combat ». Le prénom porte le souvenir de Mathilde l'Emperesse (v. 1102-1167), fille d'Henri Ier d'Angleterre et épouse de l'empereur Henri V, qui revendiqua le trône anglais et prépara le règne de son fils Henri II Plantagenêt. Avant elle, sainte Mathilde (v. 895-968), épouse d'Henri Ier l'Oiseleur, fut vénérée pour sa piété et ses fondations religieuses.
Aalis, c'est la noblesse même : la forme du vieux français du prénom Alice. Elle descend du nom germanique Adalheidis, où adal dit « noble » et heit « sorte, nature », d'où ce sens limpide de « noblesse ». Très répandue en France et en Angleterre dès le XIIe siècle, la forme Aalis a peu à peu cédé la place à Alice. Sa figure tutélaire est sainte Adélaïde, épouse de l'empereur Otton Ier, réputée pour sa piété et sa générosité, canonisée peu après sa mort.
Cateline, c'est la forme française médiévale de Katherine, héritée du grec Aikaterine. Son sens fait débat depuis toujours : on lui prête le grec hekateros « chacun des deux », le nom de la déesse Hécate, ou encore aikia « torture ». Très tôt, les chrétiens l'ont rapprochée de katharos « pur », simple association qui a façonné son orthographe latine. C'est sainte Catherine d'Alexandrie, martyre semi-légendaire suppliciée sur sa roue garnie de pointes, qui a répandu ce prénom à travers les terres de langue d'oïl au Moyen Âge.
Melisende, c'est le nom d'une reine de Jérusalem au XIIe siècle, l'une des souveraines les plus puissantes de son temps. Fille du roi Baudouin II, elle gouverna en co-reine aux côtés de son époux Foulque d'Anjou, puis assura la régence pour son fils Baudouin III. Forme française médiévale venue du gotique Amalaswinþa, qui réunit amals « infatigable, brave » et swinþs « fort », le nom remonte à Amalaswintha, reine des Ostrogoths. Les Normands le portèrent en Angleterre, d'où sortit plus tard Millicent.
Amélia puise sa force dans le germanique amal, qu'on traduit par « infatigable, vigoureux, courageux ». Variante d'Amalia, ce prénom raccourcit d'anciens noms germaniques bâtis sur cette racine, que certaines sources rattachent plutôt aux Amali, la dynastie gothique née du même mot. Sa porteuse la plus célèbre, l'aviatrice Amelia Earhart (1897-1937), fut la première femme à traverser l'Atlantique en solitaire, devenue symbole mondial d'audace et d'émancipation après sa disparition mystérieuse lors d'un tour du monde en 1937. Un prénom de vaillance et d'élan.
Amee, c'est la « bien-aimée », tout simplement, dans la langue des trouvères et des manuscrits médiévaux. Cette forme du vieux français vient de Amée « bien-aimée », elle-même issue du latin Amata, qui portait déjà ce même sens tendre. C'est précisément cette lignée médiévale française qui voyagea outre-Manche et y donna l'anglais Amy. On tient là un prénom de pur sentiment, hérité d'une époque où l'on nommait l'enfant par l'affection qu'on lui vouait.
Prénoms de garçon
Jehan, c'est la forme du Moyen Âge français de Jean, un nom qui annonce que « Dieu fait grâce ». Il vient du latin Iohannes, repris du grec Ioannes, lui-même tiré de l'hébreu Yoḥanan « Yahweh est miséricordieux ». Deux figures du Nouveau Testament lui ont donné son rayonnement : Jean le Baptiste, l'ascète qui baptisa Jésus avant d'être décapité sur ordre d'Hérode Antipas, et l'apôtre Jean, proche de Jésus et tenu pour l'auteur du quatrième évangile et de l'Apocalypse.
Geoffroi porte en lui la « paix », du germanique fridu. C'est la forme française médiévale d'un nom francique apporté en Angleterre par les Normands, dont le premier élément reste un mystère : les sources hésitent entre gautaz « les Gauts », gawi « territoire » et walah « étranger », sans trancher. Geoffroi de Monmouth, chroniqueur du XIIe siècle, en fut l'un des plus illustres porteurs : dans son Historia Regum Britanniae, il mit en forme la légende du roi Arthur, offrant à la littérature européenne un répertoire de récits fondateurs.
Eudes, c'est le roi des Francs qui défendit héroïquement Paris face aux Normands et fut élu souverain vers 888, premier non-carolingien à régner sur la Francie occidentale. Le prénom est la forme française médiévale d'Odo, variante du germanique Otto, sur le francique aud « richesse, fortune ». Saint Odon de Cluny, second abbé du grand monastère bourguignon et réformateur de la vie bénédictine au Xe siècle, le porta sous sa forme latine. Un nom de bâtisseur, où la fortune se mêle au courage.
Enguerran est la forme française médiévale d'un vieux nom germanique, l'Engilram qui a aussi donné l'anglais Ingram. Il réunit deux éléments : le second, hram « corbeau », est limpide ; le premier hésite entre angil, le nom de la tribu des Angles, et engil « ange », sans que les sources tranchent. Plusieurs seigneurs de Picardie l'ont illustré, au premier rang Enguerrand VII de Coucy (vers 1340-1397), dont les croisades, les guerres et les captivités résument la chevalerie finissante, destin que l'historienne Barbara Tuchman a peint dans son essai Un lointain miroir.
Aimery est un prénom de chevalier, forme française médiévale d'Aimeric, qu'on rattache probablement au vieux germanique Heimirich « celui qui règne sur le foyer », l'ancêtre d'Henri. Il porte le prestige des grandes lignées : Aimery de Lusignan, parti du Poitou, devint au XIIe siècle le premier roi de Chypre, signe de l'expansion de la noblesse française jusqu'en Méditerranée orientale. Plusieurs vicomtes de Narbonne le portèrent aussi du XIe au XIIIe siècle, l'ancrant solidement dans l'aristocratie occitane.
Estienne, c'est la couronne : la forme française médiévale de Stephen remonte au grec Stephanos « couronne, guirlande », plus précisément « ce qui entoure ». Derrière ce sens se tient saint Étienne, diacre de la première communauté chrétienne, lapidé selon les Actes des Apôtres et tenu pour le premier martyr du christianisme. Sa vénération porta le nom dans tout le monde chrétien : il fut celui de rois d'Angleterre, de Serbie et de Pologne, de dix papes, et du premier roi chrétien de Hongrie, patron du pays.
Josse, c'est « le seigneur » : le prénom vient du breton Judoc « seigneur », passé au latin médiéval sous la forme Iudocus. Derrière lui se tient saint Judoc, saint breton du VIIe siècle dont la renommée déborda largement la Bretagne. Son culte gagna l'Angleterre grâce aux colons bretons installés après la Conquête normande, ce qui diffusa le prénom au Moyen Âge sous sa forme française, Josse, et sa forme anglaise, Joyce. À partir du XIVe siècle, il se fit plus rare.
Garnier, c'est la version française médiévale du prénom germanique Werner, né d'un mot de guerrier. Il assemble warin, proche de war « prudent, avisé », et heri « armée », soit l'image d'un homme aguerri et sur ses gardes. Aucune racine française du verbe garnir n'entre en jeu : il s'agit d'une simple adaptation des sons germaniques. Au Moyen Âge, on le rattache à Werner d'Oberwesel, jeune garçon rhénan du XIIIe siècle longtemps vénéré comme martyr, dont le culte populaire resta vif sans jamais être reconnu par l'Église.
Onfroi marie l'ourson et la paix : c'est la forme normande de Humphrey, du germanique hun « ourson » et fridu « paix ». Les Normands l'apportèrent en Angleterre, où il l'emporta sur le vieil anglais Hunfrith, son cousin. Onfroi IV de Toron, seigneur dans le royaume de Jérusalem vers la fin du XIIe siècle, lui prête une figure singulière : cultivé, maîtrisant l'arabe, chose rare chez les nobles francs d'Orient. Époux contraint d'Isabelle Ire, il vit son mariage annulé pour raisons politiques.
Rolant, c'est la forme médiévale française de Roland, le héros chevaleresque par excellence. Le nom vient du germanique, où hruod « gloire, renommée » s'unit soit à lant « terre, pays », pour « gloire du pays », soit à nand « brave », pour « gloire du brave », et les sources hésitent entre les deux. Derrière le nom, un vrai commandant du VIIIe siècle au service de Charlemagne, tombé face aux Basques à Roncevaux. La Chanson de Roland, grande épopée du XIe siècle, en fit le neveu de l'empereur et un modèle de courage.
Amé, c'est l'aimé : le prénom dit littéralement l'enfant chéri. Il vient du latin Amata « aimé(e), chéri(e) », porté en vieux français sous une forme masculine que la langue médiévale prononçait Amé. Sa contrepartie féminine, Amée, désignait celle que l'on aime de la même manière. Au fil des siècles, la forme moderne Aimé en est devenue l'héritière directe, conservant intacte cette tendresse première. Amé garde, lui, la couleur ancienne des prénoms de sens, ceux qui se contentent de nommer l'affection portée à l'enfant.
Auberi, c'est un roi des elfes : la forme française médiévale d'Alberich, du germanique alb « elfe » et rih « souverain, roi ». Le nom traverse les grandes épopées : dans le Nibelungenlied allemand, Alberich est le nain sorcier qui garde le fabuleux trésor des Nibelungen, et il revient dans Ortnit comme allié du héros. Côté français, un saint du XIIe siècle l'a porté, cofondateur de l'Ordre cistercien. Les Normands l'apportèrent en Angleterre, où il essaima sous la forme Aubrey.